Un couvent Antonin est avant tout un lieu de prière liturgique chorale et de célébration quotidienne de messe conventuelle.

L'Ordre Antonin de Saint Isaïe est resté attaché à la liturgie maronite en langue syriaque, même si actuellement, pour faciliter la participation du peuple chrétien, des lectures et certains chants sont exécutés en langue arabe.

Qu'est-ce au juste que la langue syriaque?
Les Actes des Apôtres racontent 34 qu'au jour de la Pentecôte l'Esprit-Saint descendit sur les disciples qui se mirent à annoncer la Bonne Nouvelle aux foules bigarrées, réunies à Jérusalem. Les auditeurs étaient médusés, car chacun les entendait et les comprenait dans sa propre langue: Parthes, Mèdes, Elamites, Cappadociens, Egyptiens, Crétois, Arabes, Romains et les autres..

Mais eux, les Apôtres, en quelle langue parlaient-ils? en quelle langue pensaient-ils? en quelle langue avaient-ils reçu le message du Seigneur? En araméen: "En Palestine,(dit R.D. Barnett) l'araméen était la langue quotidienne du peuple, l'hébreu étant réservé au clergé et aux fonctionnaires. Jésus et les Apôtres parlaient l'araméen". Cette langue, déjà vieille de mille ans au temps du Christ n'est pas tout à fait morte à la fin du XXe siècle. En effet, outre le célèbre village de Maloula, près de Damas, où les habitants n'ont jamais cessé de parler syriaque, il y a des populations chaldéennes en Irak, et peut-être même encore en Iran, qui continuent à parler cette langue et à l'enseigner à leurs enfants. C'est le cas même pour ceux qui émigrent aux Etats-Unis ou ailleurs.

 

Cette langue très ancienne est donc encore parlée, écrite et imprimée, car ce qu'on appelait jadis du terme assez générique d'araméen est devenu, avec le temps, et grâce à des écrivains comme Saint Ephrem, le << syriaque >>. Il y a trois écriture différentes: le chaldaïco, le serto et l'estrangelo.

D'autre part - et c'est le point qui nous intéresse ici - le syriaque demeure la langue liturgique de l'Eglise maronite, tout comme d'ailleurs, de l'Eglise chaldéenne.
Au temps de Saint Maroun, Antioche était un haut-lieu de culture hellénique mais le peuple de Syrie du nord et des bords de l'Oronte ne parlaient que le syriaque. La prière chorale des moines de Mar Maroun, ainsi que la célébration de l'Eucharistie se pratiquaient exclusivement en syriaque.

Saint Ephrem de Nisibie, le plus grand écrivain et poète du IVe siècle, qui a donné un éclat immortel à la langue syriaque avait aussi des dons musicaux peu communs. Il pensait que le meilleur moyen de préserver le peuple fidèle des erreurs hérétiques était de lui enseigner les vérités de la foi sous forme de mélodies simples et faciles à retenir.

Il avait fondé à la cathédrale de Nisibie, un choeur d'enfants et de vierges que les fidèles venaient écouter avec ravissement. Ensuite ils répétaient ces chants de mémoire. De génération en génération ces mélodies sont venues jusqu'à nous en tradition orale. Ce n'est que vers 1889 qu'on songea à les transcrire en notation musicale moderne. Transcription qui n'est d'ailleurs qu'approximative puisque dans la gamme orientale il y a des quarts de tons, intraduisibles en solfège occidental, mais auxquels les populations libanaises restent indéfectiblement fidèles. Ces mélodies sont encore aujourd'hui chantées dans l'office monastique.

Pour la célébration de la messe maronite certaines formules restent en syriaque. C'est ainsi que les paroles de la Consécration sont un écho fidèle des mots que le Seigneur a prononcés au cours de la dernière Cène.

Il y a quelques décennies à peine, dans les villages chrétiens du Liban, la Messe dominicale était célébrée entièrement en syriaque et tout le peuple y répondait sans la moindre hésitation. Seules les lectures de l'épître et de l'évangile étaient faites en arabe, mais ces textes arabes étaient imprimés dans le Missel maronite en caractères syriaques. Cette transposition de l'arabe en lettres syriaques s'appelle le Karshouni. Tous les moines Antonins lisent le Karshouni aussi facilement que l'arabe puisqu'ils ont appris le syriaque dès le postulat, et l'ont perfectionné au noviciat. Plusieurs Antonins, du reste ont fait des études approfondies et de savantes recherches concernant cette langue qui fut le premier véhicule, et donc le plus authentique, du message évangélique.

Dans sa Préface à l'Ecclésiastique,35 le traducteur grec du Siracide, qui était pourtant le petit-fils de Ben Sirac le Sage, s'excuse auprès de ses lecteurs, des imperfections de sa traduction: << Nous vous prions d'être indulgents, si malgré tous nos efforts, nous n'avons pas réussi à rendre exactement certaines expressions, car les choses dites en hébreu n'ont pas la même valeur quand elles sont traduites en une autre langue>>. Ce qui est vrai pour l'hébreu l'est peut-être davantage encore pour l'araméen qui, selon A.Caquot << était la langue d'un Empire en un temps où l'hébreu était celle d'un canton. >>

L'importance du syriaque comme véhicule du message évangélique est certainement une des raisons qui ont poussé les Pères Antonins à orgniser chaque année un "Colloque syriaque" qui réunit dans l'un de leurs couvents, une pléiade d'éminents savants occidentaux aussi bien qu'orientaux, qui mettent ensemble leurs découvertes et leurs travaux pour aider la chrétienté à retrouver les richesses de ce Patrimoine vénérable. Les conférences et les débats sont ensuite publiés par le Centre d'Etudes et de Recherches Pastorales d'Antélias.

Pour l'Office monastique traditionnel en syriaque, les Antonins restent fidèles aux chants hérités de Saint Ephrem. Au début de ce siècle, le Supérieur Général, P. Emmanuel Ubaid, avait fait venir de Jezzine un chantre fameux, le P. Georges Aziz. Sous sa conduite, le choeur des moines et des novices de Mar Chaya ne tarda pas à devenir une <<Schola>> modèle, dont la réputation se répandait jusque dans les pays voisins.

Un des disciples du P. Georges allait devenir maître à son tour: il s'agit du P. Paul Achkar qui fut envoyé à Rome pour y suivre les cours de l'Académie Pontificale <<Santa Cecilia>>. Rentré au Liban il composa et publia plusieurs volumes de musique liturgique, spécialement des Psaumes et des mélodies pour le <<Schime>> syriaque.

Le P. Achkar aussi eut des disciples: Le P. Albert Cherfane composa des chants polyphoniques pour la liturgie paroissiale et surtout il créa une chorale qui est restée célèbre. Depuis la disparition tragique du Père, cette chorale a pris son nom, en témoignage d'admiration et de reconnaissance. Un autre moine Antonin est un grand compositeur, on lui doit des Messes, des Motets, des Psaumes, des Hymnes, des Oratorios et de la musique instrumentale. C'est lui qui a fondé l'Ecole de Musique à Baabda et il est réputé au Liban pour sa contribution majeure au renouveau musical liturgique.