Cette
langue très ancienne est donc encore parlée, écrite
et imprimée, car ce qu'on appelait jadis du terme assez
générique d'araméen est devenu, avec le temps,
et grâce à des écrivains comme Saint Ephrem,
le << syriaque >>. Il y a trois écriture différentes:
le chaldaïco, le serto et l'estrangelo.
D'autre
part - et c'est le point qui nous intéresse ici - le syriaque
demeure la langue liturgique de l'Eglise maronite, tout comme
d'ailleurs, de l'Eglise chaldéenne.
Au temps de Saint Maroun, Antioche était un haut-lieu de
culture hellénique mais le peuple de Syrie du nord et des
bords de l'Oronte ne parlaient que le syriaque. La prière
chorale des moines de Mar Maroun, ainsi que la célébration
de l'Eucharistie se pratiquaient exclusivement en syriaque.
Saint Ephrem de Nisibie, le plus grand écrivain et poète
du IVe siècle, qui a donné un éclat immortel
à la langue syriaque avait aussi des dons musicaux peu
communs. Il pensait que le meilleur moyen de préserver
le peuple fidèle des erreurs hérétiques était
de lui enseigner les vérités de la foi sous forme
de mélodies simples et faciles à retenir.
Il avait fondé à la cathédrale de Nisibie,
un choeur d'enfants et de vierges que les fidèles venaient
écouter avec ravissement. Ensuite ils répétaient
ces chants de mémoire. De génération en génération
ces mélodies sont venues jusqu'à nous en tradition
orale. Ce n'est que vers 1889 qu'on songea à les transcrire
en notation musicale moderne. Transcription qui n'est d'ailleurs
qu'approximative puisque dans la gamme orientale il y a des quarts
de tons, intraduisibles en solfège occidental, mais auxquels
les populations libanaises restent indéfectiblement fidèles.
Ces mélodies sont encore aujourd'hui chantées dans
l'office monastique.
Pour la célébration de la messe maronite certaines
formules restent en syriaque. C'est ainsi que les paroles de la
Consécration sont un écho fidèle des mots
que le Seigneur a prononcés au cours de la dernière
Cène.
Il y a quelques décennies à peine, dans les villages
chrétiens du Liban, la Messe dominicale était célébrée
entièrement en syriaque et tout le peuple y répondait
sans la moindre hésitation. Seules les lectures de l'épître
et de l'évangile étaient faites en arabe, mais ces
textes arabes étaient imprimés dans le Missel maronite
en caractères syriaques. Cette transposition de l'arabe
en lettres syriaques s'appelle le Karshouni. Tous les moines Antonins
lisent le Karshouni aussi facilement que l'arabe puisqu'ils ont
appris le syriaque dès le postulat, et l'ont perfectionné
au noviciat. Plusieurs Antonins, du reste ont fait des études
approfondies et de savantes recherches concernant cette langue
qui fut le premier véhicule, et donc le plus authentique,
du message évangélique.
Dans sa Préface à l'Ecclésiastique,35 le
traducteur grec du Siracide, qui était pourtant le petit-fils
de Ben Sirac le Sage, s'excuse auprès de ses lecteurs,
des imperfections de sa traduction: << Nous vous prions
d'être indulgents, si malgré tous nos efforts, nous
n'avons pas réussi à rendre exactement certaines
expressions, car les choses dites en hébreu n'ont pas la
même valeur quand elles sont traduites en une autre langue>>.
Ce qui est vrai pour l'hébreu l'est peut-être davantage
encore pour l'araméen qui, selon A.Caquot << était
la langue d'un Empire en un temps où l'hébreu était
celle d'un canton. >>
L'importance du syriaque comme véhicule du message évangélique
est certainement une des raisons qui ont poussé les Pères
Antonins à orgniser chaque année un "Colloque
syriaque" qui réunit dans l'un de leurs couvents,
une pléiade d'éminents savants occidentaux aussi
bien qu'orientaux, qui mettent ensemble leurs découvertes
et leurs travaux pour aider la chrétienté à
retrouver les richesses de ce Patrimoine vénérable.
Les conférences et les débats sont ensuite publiés
par le Centre d'Etudes et de Recherches Pastorales d'Antélias.
Pour l'Office monastique traditionnel en syriaque, les Antonins
restent fidèles aux chants hérités de Saint
Ephrem. Au début de ce siècle, le Supérieur
Général, P. Emmanuel Ubaid, avait fait venir de
Jezzine un chantre fameux, le P. Georges Aziz. Sous sa conduite,
le choeur des moines et des novices de Mar Chaya ne tarda pas
à devenir une <<Schola>> modèle, dont
la réputation se répandait jusque dans les pays
voisins.
Un des disciples du P. Georges allait devenir maître à
son tour: il s'agit du P. Paul Achkar qui fut envoyé à
Rome pour y suivre les cours de l'Académie Pontificale
<<Santa Cecilia>>. Rentré au Liban il composa
et publia plusieurs volumes de musique liturgique, spécialement
des Psaumes et des mélodies pour le <<Schime>>
syriaque.
Le P. Achkar aussi eut des disciples: Le P. Albert Cherfane composa
des chants polyphoniques pour la liturgie paroissiale et surtout
il créa une chorale qui est restée célèbre.
Depuis la disparition tragique du Père, cette chorale a
pris son nom, en témoignage d'admiration et de reconnaissance.
Un autre moine Antonin est un grand compositeur, on lui doit des
Messes, des Motets, des Psaumes, des Hymnes, des Oratorios et
de la musique instrumentale. C'est lui qui a fondé l'Ecole
de Musique à Baabda et il est réputé au Liban
pour sa contribution majeure au renouveau musical liturgique.
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