LA SPIRITUALITE ANTONINE

La vie religieuse à Mar Chaya, sous la sage direction du P. Salomon de Mechmech était, dès le début, un partage harmonieux entre les observances traditionnellement monastiques et un rayonnement pastoral et apostolique sur la région avoisinante.

Ayant vécu plus de vingt ans aux côtés de Mgr. Gabriel de Blawza, écoutant ses conseils et suivant ses exemples, le P. Salomon était imbu de sa spiritualité.

Or Mgr. Gabriel, après une enfance, une jeunesse et les années de sa formation religieuse vécues dans la Vallée Sainte, avait acquis une expérience exceptionnelle de la prière liturgique, de la méditation silencieuse, de la vie communautaire, du travail manuel et des abstinences selon la tradition séculaire de la Qadisha.

Quand il fut promu à la dignité épiscopale dans cette ville d'Alep qui était à l'époque une ruche d'activités pastorales, il entra en contact avec toutes les formes d'apostolat et d'enseignement chrétien exercées par le clergé local et par les Congrégations occidentales. Ce fut pour lui un nouvel enrichissement. Esprit d'ouverture et de synthèse, il sut réaliser dans sa personne un parfait équilibre entre l'homme d'action et l'homme de vie intérieure, traitant avec efficacité les choses matérielles quand elles étaient pour la gloire de Dieu, soucieux en toutes circonstances d'annoncer le message de l'évangile, mais en même temps avide de recueillement et nourri de prière liturgique.

Lorsque la Règle des Alépins eut été patiemment concoctée et expérimentée, elle était devenue, d'une part suffisamment charpentée pour établir un fondement solide et d'autre part assez souple pour permettre des adaptations selon les circonstances particulières de temps et de lieux. C'est bien dans cet esprit que les Antonins l'ont adoptée et observée pendant bientôt trois siècles.

 
 
 

Le XVIIIe siècle fut surtout marqué par le développement progressif de la Congrégation, la construction ou la reprise et l'aménagement de 17 monastères dans toutes les régions du Liban. Un moine Antonin de Ghazir fut sacré Evêque de Marjayoun et un moine de Mar Chaya, à la demande expresse du Patriarche, devint curé de Saint Jean d'Acre. Il est vrai qu'il était originaire de Jérusalem.

Ce siècle vit aussi la création de la Congrégation des Soeurs Antonines. Quand le couvent de Qattin fut repris par les Antonins c'était un monastère mixte. Il fallait donc trouver une solution pour les moniales. Voici le texte d'un document de l'époque: "Nous permettons à nos bien aimés fils dans le Seigneur, le Père Thomas, Supérieur Général et les Assistants Antonins, la création d'un couvent dédié à Saint Antoine de Padoue, dans la localité de Jezzine, notre paroisse, pour qu'il soit l'habitation de nos filles, les religieuses qui ont prononcé leurs voeux selon les Constitutions de nos fils les religieux susmentionnés, et qui étaient établies auparavant au couvent Saint Pierre de Qattin. Ceci pour une meilleure obéissance aux directives de notre Siège antiochien. Que ceci soit un document entre leurs mains pour être porté à la connaissance de tous les intéressés." Joseph Pierre, Patriarche d'Antioche

Le couvent de Jezzine revint plus tard aux Antonins, mais les couvents Saint Elie de Ghazir et Mar Doumit de Roumié furent confiés aux Soeurs Antonines. Il en fut de même pour le couvent de Ain Alaq, où la Congrégation a installé son noviciat.40

Le XIXe siècle fut beaucoup plus agité. Au cours des divers massacres plusieurs moines furent victimes et l'Ordre subit des pertes temporelles considérables. Malgré tout, à la fin du siècle il comptait quelques 300 moines répartis dans 23 couvents. Un Antonin de Qattin devint évêque de Tripoli.

Au cours du XXe siècle les bouleversements socio-politiques occasionnés par les deux guerres mondiales et par la guerre du Liban ainsi que l'évolution rapide en tous domaines, de ces dernières décennies, ont modifié quelques aspects extérieurs de la vie antonine sans altérer pour autant les constantes de sa spiritualité..

En ces dernières années du troisième centenaire de sa fondation, l'Ordre Antonin Maronite compte vingt-trois couvents au Liban, un couvent en Syrie, deux au Canada, un en France, une résidence en Belgique, et à Rome la Procure générale et une maison d'études.

La Congrégation totalise une centaine de moines-prêtres, plus les étudiants en théologie, les novices et les postulants.